La fraude à l’état civil prend une ampleur préoccupante au Sénégal. Dans un entretien accordé au quotidien L’Observateur, le directeur général de l’Agence nationale de l’état civil (ANEC), Matar Ndao, reconnaît la multiplication des cas ces dernières années, tout en soulignant que le phénomène n’est pas nouveau.
Un système longtemps vulnérable
Selon Matar Ndao, l’une des principales faiblesses réside dans le fonctionnement historique du système d’état civil, longtemps basé sur des registres physiques, avec des procédures insuffisamment harmonisées.
À cela s’ajoute l’utilisation, selon l’ANEC, de différentes solutions informatiques d’une commune à l’autre, avec des bases de données qui n’étaient pas toujours suffisamment maîtrisées. Ces failles ont pu créer des espaces favorables aux manipulations et aux falsifications.
Des agents insuffisamment formés
Le directeur général de l’ANEC pointe également la situation de certains agents chargés de l’état civil. Il évoque notamment un manque de formation, ainsi que des conditions de travail et de rémunération qui ne seraient pas toujours à la hauteur des responsabilités qui leur sont confiées.
Ces vulnérabilités peuvent favoriser certaines pratiques frauduleuses, notamment celles liées à l’usurpation ou au détournement d’identité.
Les réseaux organisés dans le viseur
Les récentes affaires montrent toutefois que la fraude ne se limite pas à de simples erreurs administratives. Plusieurs enquêtes ont permis de mettre au jour des réseaux structurés, impliquant parfois des personnes travaillant directement dans les services d’état civil.
À Marsassoum, par exemple, une enquête avait révélé un système organisé de fabrication de faux documents, tandis qu’à Dakar, la Sûreté urbaine a démantelé en mai 2026 un réseau présumé de falsification de documents d’état civil.
La digitalisation comme réponse
Face à ces difficultés, l’ANEC mise notamment sur la modernisation et la digitalisation de l’état civil. Lors d’une mission à Marsassoum en janvier dernier, Matar Ndao avait déjà relevé plusieurs dysfonctionnements, notamment le manque de personnel qualifié et l’absence d’un logiciel certifié pour la numérisation et l’archivage.
L’objectif est de sécuriser davantage les données, harmoniser les procédures et réduire les possibilités de falsification.
Au final, les « vrais coupables » ne se résument donc pas à une seule catégorie : les autorités mettent en avant les failles anciennes du système, le manque de formation et de moyens, mais aussi l’existence de réseaux organisés et de complicités présumées.
La lutte contre la fraude à l’état civil apparaît désormais comme un enjeu majeur pour la sécurité administrative et la fiabilité des documents officiels sénégalais.













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